Galerie de réussites

Le Tintamarre d'Alex Fancy met en scène l'harmonie linguistique au Nouveau-Brunswick

Alex Fancy a passé plus de la moitié de sa vie d’adulte dans l’enseignement du français à des anglophones, ce qui titille son esprit vivement ironique. « Je ne parlais qu’anglais durant ma jeunesse, en Nouvelle-Écosse », raconte cet ancien directeur du département des langues romanes de l’université Mount Allison, à Sackville au Nouveau-Brunswick.

« Mon français était celui de l’école secondaire quand je suis arrivé au collège, où j’avais la ferme intention d’étudier la chimie. Six semaines plus tard, j’ai compris que ce n’était pas ma branche. Puis une fois, j’ai assisté en auditeur à un cours de français. J’ai tout de suite adoré le son de cette langue, son rythme. C’est à ce moment-là que j’ai su que je ne reviendrais jamais en arrière. »

Après plus de 40 ans de carrière, il a récemment pris sa retraite de l’enseignement à plein temps. Mais Fancy demeure tout aussi passionné qu’au début pas la puissance et la beauté de sa langue d’adoption. Aujourd’hui la plupart de son énergie est absorbée par Tintamarre, une compagnie de théâtre bilingue qu’il a fondée en 1982 et qui continue de présenter des spectacles uniques de son cru, partout au Nouveau-Brunswick.

« J’ai commencé cette troupe après avoir vécu des expériences en art dramatique dans les années 1970, parce que j’avais compris que le cadre restreint d’une salle de classe n’est pas le milieu le plus propice à l’apprentissage d’une langue seconde », explique-t-il. « Le langage c’est une affaire de mots, de tons et de gestes. Ce n’est juste l’un ou l’autre. C’est de l’expression tout autant que strictement de la communication. On pourrait dire que Tintamarre est un peu un innovateur. »

De fait, Fancy a connu bien d’autres aventures pionnières. Jeune homme, il apprenait bien et après avoir obtenu son diplôme de Mount A., il reçoit une bourse et s’en va étudier à Paris. À son retour au Canada il continue ses travaux de deuxième cycle à l’université Western Ontario et ensuite à sa chère alma mater de Sackville, pour enfin y devenir l’une des figures les plus admirées de la communauté universitaire.

Les années qui suivirent ont été marquées de nombreuses réalisations : il a été professeur de français et d’art dramatique à Mount Allison, et doyen des arts ainsi que de la faculté des arts à cet établissement; il est membre du corps enseignant du Middlebury College French Summer School au Vermont, où il continue d’enseigner; il a été le premier récipiendaire du prix d’enseignement Herbert and Leota Tucker Teaching Award en 1984; il a reçu la bourse de recherche 3M National Teaching Fellowship en 1988; il a été le premier à recevoir le prix Distinguished Teacher Award de l’Association des universités de l’Atlantique, en 1991; il est président fondateur du conseil national des boursiers 3M Teaching Fellows, en 2003, poste qu’il occupe à ce jour, et récipiendaire du prix Dialogue du Lieutenant-gouverneur en 2005.

Mais c’est de Tintamarre qu’il retire le plus de fierté. Au fil des ans la compagnie – qui se compose bon an mal an de 20 comédiens amateurs de tous milieux et de divers niveaux de compétence linguistique – a fait la tournée dans la province, au Canada et aux États-Unis. Ce qui n’était qu’un outil pédagogique est devenu une cause célèbre. Fancy a lui-même animé, dans six pays, des ateliers portant sur les activités de la troupe et son approche en matière linguistique.

« Ensemble, nous écrivons nous-mêmes nos pièces et nous fonctionnons en français et en anglais, peu importe le niveau d’habileté », dit-il. « Cela encourage les gens à se montrer braves, à commencer à communiquer dans une langue dans laquelle ils ne sont pas à l’aise ou qu’ils connaissent mal. Et c’est ce qu’il faut. Cela rappelle aux gens que le français et l’anglais sont des langues que parlent les gens; ils ne font pas que la lire dans des livres. »

Officiellement à la retraite, il ne songe nullement à ralentir. Avec Tintamarre, le spectacle passe en premier, et plusieurs nouvelles productions sont en voie d’élaboration. En plus il n’a pas dit fini d’apprendre des langues. « J’étudie l’allemand », dit-il en riant. « C’est une chose qui m’intéresse depuis toujours. Saviez-vous que les farces dans cette langue sont vraiment très drôles. Quelle ironie, n’est-ce pas ? »

Cet article est protégé par le droit de reproduction (2007) de Dialogue New/Nouveau-Brunswick, qui fait la promotion de la compréhension, de l’appréciation et du respect mutuels entre Néo-Brunswickois anglophones et francophones.