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Le 20 novembre 2012

Dualité en éducation ou assimilation, par Michel A. Carrier, Commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick

Ce qui, de prime abord, semblait être un article positif à l’égard de la quête du bilinguisme au Nouveau-Brunswick (Seeking Bilingualism, Telegraph Journal, 15 octobre) s’est finalement avéré être un reniement de l’assise la plus fondamentale de la vitalité de la communauté francophone au Nouveau-Brunswick : la dualité dans le système scolaire. À la lecture de l’article, nous constatons qu’un chef d’entreprise canadien réputé, Richard Currie, soutient que le temps est venu pour le Nouveau-Brunswick de se débarrasser des systèmes distincts de santé et d’éducation destinés à offrir des services en anglais et en français.

Avec tout le respect que je lui porte, M. Currie, à l’instar d’autres personnes qui ont récemment exprimé leurs opinions, se méprend en jumelant la dualité en éducation et en soins de santé sans tenir compte des particularités intrinsèques de ces deux secteurs. C’est une interprétation erronée de la situation. Les discussions ayant trait à l’égalité en soins de santé, quoiqu’essentielles, ne se fondent pas sur l’idée que nous devons avoir des hôpitaux distincts pour chaque communauté linguistique. Personne ne préconise une telle approche, mais en mettant ainsi en adéquation l’égalité en soins de santé et l’égalité en éducation, le risque est grand d’induire le public en erreur, ce qui nuira forcément à la capacité des gens d’intervenir efficacement dans les discussions ou les débats sur l’enjeu des soins de santé. 

Non seulement la dualité en éducation est primordiale, mais c’est un droit enchâssé dans la Constitution.

Le français et l’anglais bénéficient d’un statut juridique égal dans cette province. Malgré tout, il est assez évident qu’ils ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés en matière de vitalité et de protection. La langue française en Amérique du Nord se trouve dans un état constant de fragilité. Sa survie et son épanouissement exigent des mesures énergiques afin de prévenir l’assimilation, d’où l’importance de la dualité en éducation dans nos deux réseaux d’écoles publiques. En fait, la Charte canadienne des droits et libertés confère à chaque communauté linguistique officielle du Nouveau-Brunswick le droit à « des institutions d’enseignement distinctes et aux institutions culturelles distinctes nécessaires à leur protection et à leur promotion ».

Selon de nombreuses personnes, la dualité en éducation permet de freiner considérablement l’assimilation au sein de la communauté francophone du Nouveau-Brunswick. Il importe de mentionner que la dualité de notre système scolaire ne vise pas à éveiller des antagonismes parmi la population, mais plutôt à assurer que les deux communautés linguistiques peuvent s’épanouir pleinement et être vraiment égales.

Le Rapport du Comité sur l’organisation et les frontières des districts scolaires du Nouveau-Brunswick (1979), dont la publication a précédé la réorganisation des districts scolaires en fonction de la langue, apporte un éclairage pertinent sur la question. En voici un extrait :

« Si l’on essaie d’intégrer deux systèmes dont l’un est plus faible que l’autre, le déséquilibre des rapports bilatéraux fera que le processus d’intégration affaiblira encore la plus faible des deux parties. Elle finira, le cas échéant, par se fondre dans une culture économique, sociale et culturelle peu différente de celle de la partie la plus forte » (rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques portant sur l’examen des politiques nationales d’éducation au Canada en 1976).

À l’heure actuelle, la langue anglaise est de plus en plus omniprésente à l’échelle de la planète, notamment dans l’univers virtuel, ce qui donne lieu à des situations encore plus difficiles pour la communauté francophone. Il devrait donc être clair pour tout le monde que la dualité en éducation devient par le fait même encore plus essentielle.

La Charte ne laisse aucun doute en ce qui concerne le droit de disposer d’établissements d’enseignement distincts en éducation. Selon moi, c’est un fait incontestable et toute rhétorique qui s’y oppose n’a pas sa place dans les discussions au sujet de la révision actuelle de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Durant cette révision, il faut avant tout s’efforcer d’améliorer la Loi de manière à ce que le gouvernement puisse respecter pleinement ses obligations constitutionnelles de servir équitablement le public dans les deux langues officielles et de favoriser l’égalité entre les deux communautés linguistiques de la province.